Nathanaël Wallenhorst :
Pour moi, ces trois termes : penser, s'engager, rêver, c'est comme trois fonctions que j'essaye d'avoir à l'esprit en permanence lors des cours, avec des étudiants sur les questions bioclimatiques.
Pourquoi ? Parce qu'il n'y a rien de plus plombant.
Donc, quand on transmet des savoirs, quand on travaille les savoirs, très rapidement, on est plombé.
Et après on se dit : en fait, comment on va faire ? Et la première chose qui vient à l'esprit des étudiants en général, ce sont les démocraties qui nous ont mises dans cette situation.
Donc il faut tout faire péter : insurrection, révolution, la violence comme moyen légitime de l'action ou alors est-ce qu'on n'aurait pas besoin d'une petite dictature verte à la chinoise ? Là aussi, la violence comme moyen légitime de l'action.
On abdique de nos libertés publiques au bénéfice de quelques-uns supposément éclairés.
Donc on voit bien qu'on a affaire à un problème, mais qui est abyssal en fait, d'autant plus abyssal, que les démocraties, aujourd'hui, à la surface de la terre, ne cessent de perdre du terrain face à un pouvoir autocratique qui grandit, qui grandit, qui grandit.
Dans ce qu'on vient de dire jusqu'à présent, on a parlé des savoirs.
Donc il importe que nous nous apprenions à savoir, à connaître.
Cela, c'est ce qu'on pourrait appeler la fonction critique d'une certaine façon.
Mais bien évidemment, ce n'est pas suffisant quand on travaille avec des élèves, il faut aussi qu'on apprenne à s'engager et qu'on apprenne nous à nous engager avec nos élèves et qu'on apprenne aux élèves à s'engager.
Pour moi, ce qui est important, le pendant, le remède, d'une certaine façon, à l'anxiété et la colère qui émergent à partir de la compréhension des enjeux bioclimatiques et systémiques, c'est l'action.
En fait, c'est d'agir avec d'autres, c'est de faire des choses avec d'autres.
À titre personnel, je m'en rends bien compte.
Il n'y a rien qui me désangoisse plus que d'agir avec d'autres, avec des collègues, de monter des projets.
Même si je sais qu'ils ne vont pas changer la face du monde, à un moment donné, c'est la petite prise que je peux avoir sur quelque chose avec d'autres, dans quelque chose qui est vivant, vitalisant, dynamisant et puis qui est conduit, animé par les savoirs bioclimatiques dont on a connaissance.
Et donc cela, ce sont des savoirs de l'action, des savoirs de résistance, à dire non à certains fonctionnements du monde contemporain.
Alors on voit bien que savoir, c'est-à-dire penser et puis s'engager, c'est intéressant, mais cela pourrait courir le risque de la violence, c'est-à-dire qu'à un moment donné, la fin justifie les moyens et on pourrait choisir d'utiliser des moyens violents au nom de fins qu'ils le valent.
Et donc pour moi, c'est particulièrement important d'introduire là comme une troisième fonction qui va être celle du rêve, d'apprendre à rêver, d'apprendre à se mobiliser en référence à un horizon qui soit un horizon porteur d'espérance, mais d'une espérance qui soit intellectuellement honnête, qui s'encastre dans la réalité biogéophysique telle qu'elle est.
Et cela, c'est peut-être le travail le plus difficile pour nous, comme éducateurs, comme enseignants, parce que cela suppose qu'on bosse et qu'on bosse dur pour pouvoir fonder, élaborer, construire un rêve ou une espérance qui soit à la hauteur des enjeux et qui ne soit pas un petit truc de bisounours, en fait, parce que de fait, nos élèves ne croient pas aux histoires de bisounours.